{"id":649,"date":"2023-04-11T14:20:50","date_gmt":"2023-04-11T14:20:50","guid":{"rendered":"https:\/\/l-experience-association.ch\/?page_id=649"},"modified":"2023-04-11T14:21:19","modified_gmt":"2023-04-11T14:21:19","slug":"reflexion-autour-de-la-sante-mentale","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/l-experience-association.ch\/?page_id=649","title":{"rendered":"R\u00e9flexion autour de la sant\u00e9 mentale"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Pr\u00e9ambule<\/h2>\n\n\n\n<p>D\u2019abord trois mots pour rire<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>\u00abMens sana in corpore sano \u00bb signifie-t-il que le corps soit un corps social\u00a0?<\/li>\n\n\n\n<li>\u00c0 quand de l\u2019obst\u00e9trique sociale\u00a0?<\/li>\n\n\n\n<li>en dire long sur un syst\u00e8me de d\u00e9mocratie o\u00f9 le bon bourgeois donnerait mandat \u00e0 la psychiatrie (puisque que c\u2019est la psychiatrie qui est au service de la soci\u00e9t\u00e9, et non l\u2019inverse&#8230;) de contr\u00f4ler en sa dictature toutes les minorit\u00e9s et tous les artistes, non d\u00e9rang\u00e9s, mais d\u00e9rangeants, a\/sociaux.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pour revenir sur nos pas&#8230;<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>M\u00eame si ici la sant\u00e9 n\u2019est qu\u2019une m\u00e9taphore m\u00e9dicale permettant de conforter le sentiment de justesse de l\u2019identit\u00e9 de l\u2019individu, il semble que la notion de sant\u00e9 sociale, en premi\u00e8re approximation, puisse repr\u00e9senter l\u2019id\u00e9al humain du bonheur, du bien-\u00eatre, ou tout au moins l\u2019image de la qualit\u00e9 de la vie. Qui la d\u00e9finit restera une question en suspens. Sa dynamique agirait du bien-\u00eatre de l\u2019individu vers celui de la soci\u00e9t\u00e9. Les moyens de son \u00e9tablissement en sont la justice, la psychiatrie (non la m\u00e9decine, car il s\u2019agirait de sant\u00e9 tout court), le travail social, la vie associative, la culture, et j\u2019en oublie certainement.<\/p>\n\n\n\n<p>La sant\u00e9, c\u2019est entendre la probl\u00e9matique et lui adjoindre les moyens de sa r\u00e9solution.<\/p>\n\n\n\n<p>La sant\u00e9 sociale, en incluant tous les ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux o\u00f9 existe une inad\u00e9quation \u00e0 l\u2019id\u00e9al social, au bien-\u00eatre et \u00e0 la bonne qualit\u00e9 de vie, contient la sant\u00e9 mentale (du latin, ou psychique, du grec).<br>Cette derni\u00e8re poss\u00e8de les m\u00eames moyens que la sant\u00e9 sociale pour r\u00e9pondre \u00e0 son id\u00e9al&nbsp;: la justice, la psychiatrie, la vie associative, la culture, et autres.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9pondant \u00e0 un \u00e9largissement de son champ d\u2019action vers la prise en charge de cas sociaux (un bien&nbsp;? une nouvelle dimension sociale&nbsp;?), la psychiatrie devient la psychiatrie sociale. Sans vouloir mettre en cause la bonne foi de la psychiatrie et l\u2019extension de son pouvoir, il convient de bien consid\u00e9rer quelles zones \u00e9chappent encore \u00e0 son contr\u00f4le. Ainsi d\u00e9j\u00e0 des minorit\u00e9s sociales et des artistes. Pareillement des associations de patients ou pour les patients. Les combats y sont toujours vivaces.<\/p>\n\n\n\n<p>Et encore \u00e0 consid\u00e9rer le statut du patient psychique, en et hors de l\u2019h\u00f4pital. Un vrai d\u00e9fi social, de l\u2019identit\u00e9 de l\u2019individu.<\/p>\n\n\n\n<p>Consid\u00e9rant encore que la sant\u00e9 mentale est partie int\u00e9grante de la sant\u00e9 sociale, il est int\u00e9ressant de noter qu\u2019on admette ainsi une probl\u00e9matique sociale au sein de la sant\u00e9 mentale.<\/p>\n\n\n\n<p>Et, dans le \u00ab frottement social \u00bb, derri\u00e8re la disqualification de l\u2019individu, psychiatris\u00e9 ou non, il s\u2019av\u00e8re n\u00e9cessaire de modifier aussi le regard social. Et de pr\u00e9server dans ce sens l\u2019expression de tous ses artisans.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong>Autour de sens, dignit\u00e9, autonomie participative\u00a0<\/strong><\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Sens et dignit\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Dans sa qu\u00eate du sens, le philosophe nous indique d\u00e9j\u00e0 quelle voie celui-ci emprunte afin qu\u2019on le saisisse, le langage. Le sens, par ce que je sais, est ce que je sais. Un sens qui n\u2019a de mot est aussi un sens, imperceptible. Intuition et savoir le cernent, me le rendent sensible. Le langage parfois peine \u00e0 le communiquer. Sens av\u00e9r\u00e9 et sens priv\u00e9 jouent leur r\u00f4le dans la relation. En soci\u00e9t\u00e9, si le rapport est \u00e0 la lutte de pouvoir, le langage tenu sera soumis \u00e0 la critique du bon sens et du non-sens. Un principe d\u2019exclusion et de d\u00e9n\u00e9gation qui est la porte ouverte \u00e0 la prise de pouvoir. Jeu difficile \u00e0 l\u2019accession au respect. Mais le sens a d\u2019abord cette qualit\u00e9 vraie, cette valeur de la chose. Il se soumet \u00e0 la comparaison (dont le corollaire est de ne pas \u00eatre raison), il est rapport\u00e9 \u00e0 des \u00e9chelles, de cr\u00e9dibilit\u00e9, de diff\u00e9rence, de densit\u00e9. \u00c9chelles de raison, devoir, dont il se passerait bien. Sa raison d\u2019\u00eatre, une et indivisible, coexiste avec d\u2019autres, \u00e0 l\u2019image de l\u2019homme, de sa raison de vivre et de son sens de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pouvoir, le devoir, mais aussi la volont\u00e9, prennent sens dans la perspective du respect de l\u2019homme et de sa dignit\u00e9, vers ces droits de l\u2019homme en la justice, l\u2019\u00e9galit\u00e9 et la libert\u00e9. Gardienne du syst\u00e8me et de la politique de ces instances, la d\u00e9mocratie en oblige constamment la r\u00e9vision.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sens vient flirter avec la libert\u00e9. Croire est une libert\u00e9 o\u00f9 le sens glisse vers la conviction, vers un in\u00e9branlable savoir o\u00f9 se puise le sens de l\u2019existence (?). Aussi de croire que tout va bien au m\u00e9pris de tout ce que les gens disent n\u2019est-il pas d\u00e9j\u00e0 l\u2019amorce d\u2019un certain sens du bonheur. L\u2019espoir nich\u00e9 au profond de chacun ne donne-t-il pas un sens \u00e0 la vie. La facult\u00e9 de trouver une utilit\u00e9 \u00e0 ce qui arrive, c\u2019est donner du sens au bonheur. Le sens r\u00e9pond \u00e0 l\u2019utilit\u00e9, ce qu\u2019on fait des choses, non ce qu\u2019elles sont. Un b\u00e9mol pour la propri\u00e9t\u00e9. Un sens encore qui ne sera jamais qu\u2019incertain, celui de la libert\u00e9 d\u2019expression. Le langage, contraint \u00e0 l\u2019exercice des structures apprises, ne se lib\u00e8re et ne prend sens que derri\u00e8re son ajustement \u00e0 la pens\u00e9e dominante.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la perte du sens est maintenant engag\u00e9e, penchons-nous sur les noirceurs de l\u2019\u00e2me, tirons du sens de la m\u00e9lancolie, cet antagoniste naturel du bonheur. Shakespeare et les romantiques ont d\u00e9j\u00e0 formul\u00e9 leur th\u00e9orie du malheur (leur sens du tragique&#8230;), th\u00e9orie du bonheur du d\u00e9sespoir. Aujourd\u2019hui, la th\u00e9orie du malheur et du mal-\u00eatre r\u00e9side plus simplement dans l\u2019ad\u00e9quation de l\u2019individu \u00e0 des sch\u00e9mas et des tableaux cliniques, que d\u2019habiles intellectuels statisticiens on mis en place pour avoir une meilleure vision du monde, dans laquelle ceux qui sont malheureux sont malheureux et n\u2019ont qu\u2019\u00e0 se plier \u00e0 l\u2019identit\u00e9 qu\u2019on leur assigne. Partager du sens, un espoir et une volont\u00e9, ne se fait pas sur le discr\u00e9dit jet\u00e9 \u00e0 la face de l\u2019autre, le fou, l\u2019enfer de Sartre. Sans compter ce que cachent les n\u00e9ologismes et les abus de pouvoir d\u2019un langage herm\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui \u00e9tait vrai avant ne l\u2019est plus forc\u00e9ment maintenant, le temps change le sens, le temps d\u2019une r\u00e9flexion. L\u2019homme s\u2019inscrit dans le temps et dans une g\u00e9ographie, sa pr\u00e9sence, son int\u00e9grit\u00e9 physique et psychique, est enti\u00e8re, quels que soient le lieu et le moment. Au-del\u00e0 de soi, la confrontation du moment commence avec le lieu, am\u00e8ne une volont\u00e9 de l\u2019appr\u00e9hender, un sentiment de s\u00e9curit\u00e9, et une assurance accrue. La vie de l\u2019homme peut \u00eatre vue comme un trajet dans une g\u00e9ographie, dans une maille de la r\u00e9alit\u00e9, ou plus encore dans des structures. Une sorte de curriculum vitae. L\u2019\u00e2me forme aussi un trajet dans l\u2019espace, le temps, et la pens\u00e9e, mais les structures qu\u2019elle traverse, ses mouvements, sont encore bien n\u00e9buleux pour la compr\u00e9hension de l\u2019homme. Je crains, au nom d\u2019une libert\u00e9 qui garde son sens, que l\u2019on traque le sens de la vie des gens dans leurs trajets au sein de leurs structures, et que d\u2019habiles intellectuels statisticiens ne formulent encore de nouveaux sch\u00e9mas de conformit\u00e9 que de nombreux param\u00e8tres incontr\u00f4lables ne manqueront pas d\u2019infirmer. La libert\u00e9 et le bonheur ne se r\u00e9duisent pas \u00e0 remplir un blanc, une place que l\u2019on s\u2019approprie. Si la r\u00e9alit\u00e9 recouvrait celle du sentiment, de la raison et de la pens\u00e9e, peut-\u00eatre que la traque donnerait des r\u00e9sultats, mais heureusement ces trois ph\u00e9nom\u00e8nes restent dans le domaine de la subjectivit\u00e9. La r\u00e9alit\u00e9 ne peut \u00eatre qu\u2019un regard, elle doit \u00eatre un engagement, un rapport physique o\u00f9 se lisent la production et la cr\u00e9ation, ce concret o\u00f9 nous sommes tous attach\u00e9s. L\u2019\u00e9volution et le d\u00e9veloppement personnel y trouvent ce sens qui nous importe \u00e0 tous. Agir, sans le sens d\u00e9voy\u00e9 du travail, cr\u00e9er, \u0153uvrer, sont les moyens d\u2019une vraie dignit\u00e9, d\u2019une identit\u00e9 avec une r\u00e9alit\u00e9 qui assume notre part de responsabilit\u00e9. Encore faut-il toutes les structures n\u00e9cessaires, et travailler ainsi \u00e0 la disparition de toutes les exclusions.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le d\u00e9dale d\u2019une vie et de sa r\u00e9alit\u00e9, la philosophie nous pr\u00eate le bras, \u00e0 l\u2019image d\u2019une religion, pour nous sauver du mal de vivre et de la peur de la mort. Interroger le sens de la vie, le sens de toute chose, afin de ne jamais laisser l\u2019esprit en paix, le garder en mouvement, puisque la vie est ce mouvement. La vie est la jouissance du bonheur et son respect. La dignit\u00e9 est le regard port\u00e9 sur elle, et seule la mise en jeu du respect lui permet d\u2019\u00eatre. Respect de la vie, respect de la dignit\u00e9. Un r\u00e9alisme oublieux, o\u00f9 certains ont donn\u00e9 leurs vies. Ne plus se poser de questions, ne plus faire de philosophie. Go\u00fbter au repos de l\u2019\u00e2me, \u00e0 la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. C\u2019est juste une question de temps&#8230;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Normes et r\u00e9alit\u00e9s<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>La r\u00e9alit\u00e9 que l\u2019on pratique, en de\u00e7\u00e0 du langage, nous assure d\u00e9j\u00e0 d\u2019\u00eatre vivant, mais pour respecter cela il a fallu inventer un mot, dignit\u00e9. Le langage est devenu une assurance, bien que virtuelle, sur la l\u00e9gitimit\u00e9 des choses. Les actes sont porteurs de sens, mais on s\u2019imagine pouvoir gagner de la dignit\u00e9, de la l\u00e9gitimit\u00e9, au travers du discours. On est plus intellectuel par le discours, pas plus vivant. Le respect de la vie, cependant, est aussi dans celui des codes qui nous \u00e9chappent. Un sort \u00e9trange peut \u00eatre aussi jet\u00e9 sur la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;: la raison, autant dire la justesse, a la capacit\u00e9 de l\u2019ignorer, en tout ou partie, et ceci en sauvegarde de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de la pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Les processus psychologiques sont une grande part de l\u2019identit\u00e9, et sont le pain quotidien<\/p>\n\n\n\n<p>des travailleurs sociaux, habilit\u00e9s \u00e0 travailler le sens de la dignit\u00e9 de chacun. Confront\u00e9s \u00e0 de doubles identit\u00e9s, par exemple le patient psychiatrique et l\u2019\u00eatre social, toutes leurs forces conduiront \u00e0 r\u00e9\u00e9difier le respect, de soi et de la part d\u2019autrui, et finalement \u00e0 relativiser l\u2019identit\u00e9 en une simple \u00e9tiquette, o\u00f9 la vraie dignit\u00e9 est alors de donner son propre sens \u00e0 l\u2019\u00e9tiquette, voire de l\u2019enlever ou d\u2019en changer. Mais que croire alors de l\u2019\u00eatre humain si les qualificatifs sont inefficaces&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>La recherche en sant\u00e9 sociale, en sant\u00e9 mentale, au travers de l\u2019\u00e9laboration de sch\u00e9mas des processus s\u00e9quentiels de vie, poursuit un id\u00e9al de contr\u00f4le du mal-\u00eatre et de ses victimes. La politique qui dirige ce contr\u00f4le se devrait d\u2019\u00eatre prudente, et de bien consid\u00e9rer si le bonheur n\u2019est pas ce qui \u00e9chappe au contr\u00f4le, au sens et \u00e0 l\u2019analyse. Dans notre soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le bonheur n\u2019est pas la norme (&#8230;), il est heureux de voir encore que la d\u00e9viance ne met pas en p\u00e9ril une capacit\u00e9 au bonheur. La maladie est ma norme, je la respecte ou pas, c\u2019est mon for, mon jugement, mon libre arbitre, et nul ne peut nier cette libert\u00e9 individuelle. Toutes les normes et leurs corollaires de disqualifications ne font que cro\u00eetre les r\u00e9sistances. \u00c0 l\u2019appui, le d\u00e9veloppement de r\u00e9seaux (associatifs essentiellement), o\u00f9 le bien-\u00eatre, le bonheur, la qualit\u00e9 de vie, gagnent une d\u00e9finition respectueuse de l\u2019individu, unique et non standardisable. R\u00e9pondre \u00e0 la pression de la norme sociale, revendiquer la diff\u00e9rence, c\u2019est red\u00e9finir encore le bien-\u00eatre, celui surtout peut-\u00eatre qu\u2019on veut nous donner en drag\u00e9es, conditionn\u00e9es par des soci\u00e9t\u00e9s multinationales. Le partage reprend des formes non norm\u00e9es, des moyens dont la libert\u00e9 est garantie par la d\u00e9mocratie.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autonomie participative est un concept int\u00e9ressant. Il convient d\u2019y distinguer l\u2019autonomie et la participation. Pour l\u2019autonomie, trois niveaux se dessinent&nbsp;: autonomie de l\u2019individu, autonomie d\u2019un groupe, autonomie d\u2019une soci\u00e9t\u00e9. R\u00e9duire la fracture de l\u2019identit\u00e9 du fou humain semble d\u00e9j\u00e0 essentiel \u00e0 son autonomie sociale, et elle para\u00eet d\u00e9j\u00e0 largement acquise. Pour ceux qui restent encore sur le carreau, l\u2019usage de groupes autonomes r\u00e9pondant \u00e0 leurs aspirations d\u2019ind\u00e9pendance peut concr\u00e9tiser leur autonomie propre et leur indispensable visibilit\u00e9 sociale. L\u2019autonomie de la soci\u00e9t\u00e9, enfin, se d\u00e9termine sur sa politique. La vision serait bien s\u00fbr fauss\u00e9e si l\u2019on n\u2019admettait pas encore des interventions sur ces trois niveaux. Participer est d\u00e9j\u00e0 mettre en commun des moyens, des int\u00e9r\u00eats et des b\u00e9n\u00e9fices, ceci impliquant une gestion collective qui sort du cadre de l\u2019autonomie stricte et la rend interd\u00e9pendante d\u2019autres diff\u00e9rentes forces. Le gain d\u2019une vie, le gain d\u2019un concret acceptable, passent au langage, au partage intellectuel, \u00e0 cette interd\u00e9pendance collective o\u00f9 le fruit de l\u2019exp\u00e9rience, le langage, est cueilli. Au-del\u00e0 de l\u2019autonomie, c\u2019est le langage qui d\u00e9montre la participation.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autonomie participative est un concept s\u00e9duisant, n\u00e9anmoins il comprend sa propre n\u00e9gation. L\u2019autonomie est un syst\u00e8me isol\u00e9, et la participation implique d\u2019\u00eatre un rouage d\u2019un syst\u00e8me plus important. Pour une autonomie participative individuelle, je propose le mot de socialisation, dont on sait que l\u2019on peut en changer comme un com\u00e9dien change de r\u00f4le. Une sauvegarde pour ne pas figer l\u2019humanit\u00e9 en mouvement. L\u2019autonomie et la solitude qui l\u2019accompagne constituent la premi\u00e8re hypoth\u00e8se qui peut conduire \u00e0 l\u2019id\u00e9al. D\u2019autres hypoth\u00e8ses viendront, j\u2019en suis s\u00fbr, corr\u00e9ler par leur bon sens la d\u00e9finition, toujours mouvante, de l\u2019id\u00e9al. La r\u00e9flexion peut enfin suivre ce ph\u00e9nom\u00e8ne, cette socialisation, en se demandant quels vrais moyens lui donner pour exercer sa fonction.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exp\u00e9rience s\u2019acquiert par l\u2019usage de la r\u00e9alit\u00e9, des outils pour la travailler. Travailler l\u2019humain, traquer sa vie et son \u00e2me, ne peut apporter ce b\u00e9n\u00e9fice social tant attendu. Les structures de la connaissance et du langage rentrent bien certainement dans la classe des outils du r\u00e9el, et chacun a ses mots que tous devraient pouvoir entendre. \u00c9crire le mot libert\u00e9 ne suffit pas \u00e0 la cerner, sa traque, son analyse, toujours \u00e9choue. La contraindre dans les processus de vie (dans le bien-\u00eatre ou le mal-\u00eatre) est un d\u00e9fi bien t\u00e9m\u00e9raire. Un graphique statistique ne nous permettra jamais que de consid\u00e9rer la diff\u00e9rence qui nous s\u00e9pare de la norme, de travailler la distance, celle-l\u00e0 m\u00eame qu\u2019il y a entre les hommes. Tous diff\u00e9rents. Dans la statistique, conduite par le p\u00e9quin lambda, l\u2019utilit\u00e9 des concepts brillant que l\u2019on tente d\u2019en tirer, se r\u00e9v\u00e8le bien souvent pauvre d\u2019enseignement pratique. Le frottement \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 du jour, de la rencontre, porte certainement en lui la r\u00e9ponse aux vraies questions. Que dire encore de la repr\u00e9sentativit\u00e9 d\u2019un \u00e9chantillonnage, si ceux qui refusent de se soumettre au sondage agissent en fonction de convictions politiques, si il y a des falsificateurs, ou simplement de l\u2019inattention. Et tous ceux qui ne sont pas consult\u00e9s&nbsp;? La marge d\u2019erreur seule suffit alors \u00e0 infirmer tout concept.<\/p>\n\n\n\n<p>Et l\u2019humain serait-il un d\u00e9 \u00e0 jouer&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les moyens de la sant\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>En sant\u00e9 sociale, il convient de limiter l\u2019intervention de la m\u00e9decine&nbsp;: ainsi, la m\u00e9decine somatique ne s\u2019occupe que peu de probl\u00e9matiques sociales ; au contraire, la psychiatrie est au c\u0153ur de multiples probl\u00e9matiques sociales, li\u00e9es \u00e0 la d\u00e9finition de l\u2019identit\u00e9 (quelle place dans quelle soci\u00e9t\u00e9, d\u00e9pendante de l\u2019identit\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p>En sant\u00e9, il conviendrait d\u2019impliquer toutes les disciplines acad\u00e9miques qui s\u2019en sentent concern\u00e9es, et de r\u00e9duire les querelles d\u2019autorit\u00e9s.<br>En sant\u00e9 mentale, on per\u00e7oit le partage de comp\u00e9tences entre la psychiatrie et ses alternatives non m\u00e9dicales (ISO et non-ISO&#8230;)<\/p>\n\n\n\n<p>En sant\u00e9 sociale, il devient urgent de bien d\u00e9finir quels sont les intervenants \u00e0 sa mise en \u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le bien-\u00eatre et le bonheur sont au programme de la sant\u00e9 sociale et de la sant\u00e9 mentale. Le mal-\u00eatre est sous contr\u00f4le, chaque tranche de vie fera l\u2019objet d\u2019un rapport. Le bonheur est dans l\u2019avenir radieux. La libert\u00e9 se laisse faire, elle livre le secret intime de ses actes. Quelques r\u00e9fractaires manifestent. La tutelle des intellectuels est devenue inutile, ils nous ont appris \u00e0 vivre, leur r\u00f4le est achev\u00e9. Les gens de peu ne parlent plus de l\u2019art de vivre. Le monopole du savoir-vivre distribue ses drag\u00e9es. La police est le si\u00e8ge du bon sens. Elle parle seule parfois. Le mod\u00e8le hi\u00e9rarchique est devenu la source du d\u00e9veloppement mental. Le d\u00e9veloppement personnel est un hobby bien tol\u00e9r\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La situation actuelle est loin de cette perspective, mais il reste, en sant\u00e9 sociale, beaucoup \u00e0 faire, \u00e0 la fois dans les domaines \u00e9conomique, structurel, humain et de la culture. Du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie, on voit que toutes les solutions de psychiatrie, par exemple, ont exist\u00e9, mais qu\u2019elles n\u2019ont pu s\u2019appliquer faute de moyens. Pour le reste, je le laisse \u00e0 votre entente.<\/p>\n\n\n\n<p>La psychiatrie ne saurait faire l\u2019\u00e9conomie du don d\u2019un point de vue sur le sens de la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>La philosophie peut sauver du monde. Une qu\u00eate qui, par fraction, donne du sens \u00e0 la vie, r\u00e9conforte le peu de bonheur qui nous reste, engage le combat de notre dignit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00eatre encadr\u00e9 dans ses structures et ses s\u00e9quences de vie, doit pouvoir les partager, y r\u00e9fl\u00e9chir, \u00e0 sa mesure, derri\u00e8re des outils d\u2019analyse tenus \u00e0 sa disposition. Dans le sens commun il partagera son sens, s\u2019orientera, modifiera son trajet et ses structures. Mais si et seulement si l\u2019outil d\u2019analyse du trajet, des structures, et des sentiments, est employ\u00e9 de mani\u00e8re subjective. Une \u00e9tude objective ne changerait pas l\u2019\u00e9tat des choses. C\u2019est subjectivement que j\u2019ai pu formuler la structure nouvelle qu\u2019est l\u2019association L\u2019Exp\u00e9rience.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autonomie assist\u00e9e, ce peut \u00eatre, par exemple, pour un homme avec un trouble bipolaire, de trouver les moyens n\u00e9cessaires \u00e0 diriger son hypostimulation si l\u2019humeur \u00ab monte \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 les cloisonnements, l\u2019autonomie de la sant\u00e9 mentale au sein de la sant\u00e9 sociale, et au sein de la soci\u00e9t\u00e9 m\u00eame, n\u2019a pas de sens, le regard est transversal, le fou n\u2019est plus que tr\u00e8s rarement enferm\u00e9 \u00e0 vie en asile. La fracture des identit\u00e9s de lieux et de statuts doit \u00eatre r\u00e9duite et l\u2019on se doit d\u2019assurer l\u2019expression du point de vue de tous.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>En guise de conclusion, puisqu\u2019il en faut une, je m\u2019arr\u00eaterai sur l\u2019espoir entrevu en psychiatrie sociale et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, en sant\u00e9 sociale ces derniers mois. Le social est le mode de la relation humaine. Chacun participe, le pouvoir se partage. C\u2019est le projet social, cach\u00e9 en la sant\u00e9 sociale, qui est important. Le double mouvement de la communication. Le pouvoir de l\u2019\u00c9tat, le pouvoir de chacun, partag\u00e9s. \u00c9tudier le bien-\u00eatre, la qualit\u00e9 de la vie, concevoir l\u2019observation de l\u2019individu dans son trajet de vie, au sein de structures (tout est structure), dans son sentiment, ouvre la perspective formidable d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 meilleure. Mais les plaies sont encore l\u00e0. La maladie, la psychiatrie, l\u2019asile, sont encore l\u00e0. Identit\u00e9 trahie, le trajet en psychiatrie est mal v\u00e9cu. Le social en psychiatrie est trahi. On pourrait certes comprendre la privation de libert\u00e9 \u00e0 des fins d\u2019assistance, mais il reste inadmissible de violer les droits de la personne par des traitements forc\u00e9s et par l\u2019irrespect du consentement \u00e9clair\u00e9. Pour ce dernier, si de nombreuses \u00e9tudes donnent aux malades mentaux une bonne intelligence et une grande cr\u00e9ativit\u00e9, pourquoi les psychiatres ne les utilisent-ils pas dans le sens d\u2019une meilleure compr\u00e9hension, d\u2019une meilleure compliance, et d\u2019un meilleur r\u00e9sultat th\u00e9rapeutique et social&nbsp;? Cependant, une gestion clairvoyante du droit des patients, droits de l\u2019homme, se fait jour, vers un v\u00e9ritable respect de la dignit\u00e9 de la personne. La psychiatrie sociale devient une soci\u00e9t\u00e9 en plus petit, o\u00f9 il sera loisible de faire des activit\u00e9s, des stages, des cours, etc. L\u2019espoir est l\u00e0, dans ce creuset, o\u00f9 s\u2019admet enfin la dimension sociale de la psychiatrie et surtout celle du patient. Et la sant\u00e9 sociale y gagne une coh\u00e9rence avec une vraie politique sociale respectueuse du droit citoyen.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean-Marc Allaman \/ Janvier 2001 \/ Ce texte n\u2019est bien entendu qu\u2019une base \u00e0 raturer (ndlr)<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pr\u00e9ambule D\u2019abord trois mots pour rire Pour revenir sur nos pas&#8230; M\u00eame si ici la sant\u00e9 n\u2019est qu\u2019une m\u00e9taphore m\u00e9dicale permettant de conforter le sentiment de justesse de l\u2019identit\u00e9 de l\u2019individu, il semble que la notion de sant\u00e9 sociale, en premi\u00e8re approximation, puisse repr\u00e9senter l\u2019id\u00e9al humain du bonheur, du bien-\u00eatre, ou tout au moins l\u2019image &hellip; <a href=\"https:\/\/l-experience-association.ch\/?page_id=649\" class=\"more-link\">Lire la suite <span class=\"screen-reader-text\">R\u00e9flexion autour de la sant\u00e9 mentale<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":640,"menu_order":1,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-649","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/l-experience-association.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/649","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/l-experience-association.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/l-experience-association.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/l-experience-association.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/l-experience-association.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=649"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/l-experience-association.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/649\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":651,"href":"https:\/\/l-experience-association.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/649\/revisions\/651"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/l-experience-association.ch\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/640"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/l-experience-association.ch\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=649"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}